Vous êtes ici sur le Murgat, au pied du rocher de Carlat, où la pierre garde encore l’écho des pas disparus.
La forteresse n’est plus, mais ses fantômes veillent : silhouettes de guetteurs, ombres des vicomtes qui scrutaient l’horizon, murmures de reine en exil.
Imaginez le claquement des bannières, le pas des chevaux sur la pierre, la fumée des cuisines et la cloche de l’église. Laissez votre regard grimper le long des falaises. Imaginez les remparts dressés contre le ciel, les grandes figures de l’histoire — Jacques d’Armagnac, Marguerite de Valois — traversant ces lieux aujourd’hui silencieux.
Au XVe siècle, Carlat est à son apogée, une cité fortifiée animée et imprenable. Perché sur son éperon rocheux et accessible seulement par un chemin étroit depuis le bourg, elle combine puissance militaire, confort aristocratique et vie communautaire, offrant un spectacle architectural et humain unique.
Le rocher vous accueille comme un vieux conteur : approchez, écoutez, et laissez les pierres vous raconter…
La démolition du château de CARLAT (1603‑1604)

À l’automne 1603, la grande forteresse de Carlat vit s’ouvrir le dernier chapitre de son histoire. Le 22 octobre, après avoir transféré à Aurillac le canon qui s’y trouvait encore, les travaux de démolition commencèrent.

Les premières destructions
La grande muraille du côté du bourg qu’on appelait la Fausse‑Braye — large de deux toises (2 mètres) et longue de deux cents (400 mètres) — fut la première à être sapée. Elle s’effondra le 8 avril 1604 sous la conduite de Bernard Pouderoux, de Dienne, entouré de quarante maçons.
Sur la pointe orientale du rocher, la tour Noire et la tour du Gaittat suivirent. Entamées le 30 décembre, elles furent abattues le 30 mars 1604 par Jean Prunet, originaire du Rouergue, assisté de vingt‑cinq maçons.
Un démantèlement général
Les murailles, tours et guérites du côté nord, déjà plus ruinées par leur ancienneté, furent renversées par les manœuvres de la vicomté.
L’église, très ancienne, disparut en une seule journée, le 1ᵉʳ janvier, grâce au travail de vingt maçons.
L’appartement du chevalier commandeur de Carlat fut rasé peu après, suivi de l’hôtel Bridoré — le plus bel édifice de la place — détruit le 23 mars.
La fin d’une forteresse
Le dernier jour de mai 1604, tout le site, jusqu’au Murgat, était entièrement démoli.
Depuis, il ne subsiste sur le rocher aucune construction intacte : seuls quelques vestiges du Murgat demeurent encore visibles. Cette ancienne place d’armes, flanquée de plusieurs tours, contrôlait autrefois l’entrée du rocher.
D’après le récit d’un témoin oculaire,
le sieur DESPRATS
Carlat au soir tombant
Au Nord, les monts du Cantal, bleus créneaux volcaniques.
Tout à coup dominant les gorges et les bois,
Voici, fier à jamais du château d’autrefois,
Carlat, plateau désert, sur des fûts basaltiques…
Trente tours qui pointaient au ciel, comme des piques.
Oriflammes au vent, fanfares des tournois !
Colosse féodal où se heurtaient les rois,
Il a subi, mille ans, des assauts frénétiques.
L’auvergnate énergie ardait sur ce haut lieu…
Le maître de Carlat n’obéissait qu’à Dieu.
Tout a croulé… le vent tourmente une herbe rousse…
Mais, quand brunit le soir au creux du val béant,
Le soleil, rouge archer, qui s’enfuit dans la brousse,
Brise ses flèches d’or à ce tombeau géant.
C. GANDILHON GENS-D’ARMES
Ancien Rédacteur – Traducteur
de l’Agence HAVAS à Londres
En poursuivant la balade, au pied de la falaise à l’ouest du village, le chemin vous conduit naturellement à la prochaine borne, l’église Saint-Avit et son enclos.

